céramiques 2022 2023

RES NULLIUS

 

L’ÉTRANGE BESTIAIRE DE LA CÉRAMISTE-PLASTICIENNE GEOFFRAY DE CALBIAC

par Sonia Moumen

 

 «TOUVER DU SENS , L'ART EST POLITIQUE , MES CERAMIQUES ENGAGENT UNE IDEE, UNE PENSEE»

 

 

Dans sa vie d’artiste, Nathalie Geoffray de Calbiac n’a pas toujours travaillé la terre. Elle a utilisé de nombreux médiums : photo, vidéo, peinture, poésie, écriture, pour créer des œuvres à la fois intimes et profondes. Depuis trois ans, cette Bordelaise passée par Paris et l’Allemagne, s’est implantée dans le Lot dont elle aime les paysages minéraux des causses. C’est sans doute ce retour à la terre qui l’a amenée à la céramique, « un travail organique qui possède un rapport fort aux quatre éléments et au vivant ».

Le vivant, justement, est au centre de sa re- cherche. Pour Nathalie Geoffray de Calbiac, qui aime manier le paradoxe, c’est à travers la mort qu’elle s’y est intéressée. Deux livres ont accompagné sa réflexion : « L’animal et la mort » de l’anthropologue Charles Stépanoff autour de la chasse et de notre rapport à l’animal et « Livre
de la chasse » de
Gaston Phébus, un très bel ouvrage du Moyen-âge composé de miniatures enluminées. « Je mène mes recherches artistique en cercles concentriques, par ondes et ricochets » explique celle qui nourrit toujours ses créations d’un riche corpus de lectures, films et univers singuliers. Ensuite seulement vient le temps de la création. En plusieurs phases. Pour son bestiaire, elle extrait d’abord les représentations du gibier des illustrations de Gaston Phébus. À l’aquarelle, elle explore ensuite la posture que l’animal pour- rait prendre en volume. « Je le modélise, je l’imagine dans l’espace pour trouver la bonne posture et son imbrication dans la céramique ».

Pour réussir le dialogue entre la bête et la terre, elle cherche le mouvement, la vie qui palpite en eux. Suivent ensuite les étapes du modelage et
de la première cuisson avant la mise en couleurs avec les émaux, les engobes et le travail à la cire. La cire qu’elle affectionne tout particulièrement pour ses « perforations, réserves, brûlures, tex- tures et accidents ». Résultat ? Des cerfs, biches, ours, renards, loups, lièvres, loutres, sangliers, bouquetins, corneilles, autant d’animaux sau- vages qui se déclinent en une gamme chroma- tique d’une grande simplicité, sur lesquels l’artiste ajoute une seconde couleur « pour apporter de la matière et de la vibration ».

Si Nathalie Geoffray de Calbiac revendique
la conception d’un alphabet visuel déclinable presque à l’infini, elle conçoit cependant des pièces uniques, des objets décoratifs – souvent des vases - conçus pour contenir végétaux, fleurs et plantes. Le vivant dans le vivant.

 

« Je pars toujours d’un travail préalable à l’aquarelle, organique, fluide, presque éthérée. C’est ensuite que je me confronte à la matière ».

 

« C’est un bestiaire fantasmé avec lequel j’essaie de réparer

le vivant. »