LA NUIT TRANSFIGUREE

chorégraphie d'Emmanuelle Grizot

réalisation vidéo nathalie geoffray de calbiac

DANSE / VIDEO / 2013

musique : arnold schoenberg

chorégraphie , mise en scène: emmanuelle grizot

images : nathalie geoffray de calbiac

danseurs : nicole muratov , davit gevorgyan

regard extérieur : juliane bubi

PREMIERE REPRESENTATION

GLOB THEATRE ( BORDEAUX ) 12 JUIN 2013

 

 

La Nuit Transfigurée a été composée en 1899 par Arnold Schoenberg pour un sextuor à cordes.

Il s'est lui-même inspiré d'un poème de Richard Dehmel tiré du recueil femmes et Monde ( Weib und Welt ).Le poème symbolise la victoire de l'amour, de la lumière sur le sentiment de culpabilité de la femme qui avoue à son amant qu'elle attend l'enfant d'un autre. La partition de Schoenberg est source d'inspiration et moteur de créativité dont le point de départ est le poème.

mon intérêt se porte à la fois sur le thème intemporel du poème et sur le travail de la palette des climats, des sentiments antagonistes, des états de corps et des sentiments de culpabilité.

Mon souhait est d'intégrer dans le processus de création la video, élément avec lequel j'avais envie de me confronter. Au delà de l'effet de mode, cela relève d'un désir de trouver de nouvelles sources d'inspiration en adéquation avec le monde dans lequel nous vivons.

L'utilisation de la vidéo et le pouvoir de l'image m'interroge, aussi mon propos sera une articulation entre Danse et Image. Ainsi le dialogue entre ces deux entités sera en harmonie ou au contraire la primauté de l'une s'imposera à l'autre.

 

Emmanuelle Grizot      www.emmanuellegrizot.com

 

Zwei Menschen gehn durch kahlen, kalten Hain;
der Mond läuft mit, sie schaun hinein.
Der Mond läuft über hohe Eichen;
kein Wölkchen trübt das Himmelslicht,
in das die schwarzen Zacken reichen.
Die Stimme eines Weibes spricht:
  

 

La nuit Transfigurée

 

Deux personnes vont dans la forêt, chauve et froide.
La lune les accompagne, ils regardent en soi.
La lune passe aux dessus des hauts chènes,
Pas un nuage ne trouble la lumière célèste
Vers laquelle les fagots noirs s'étendent;
La voix d'une femme parle.

„Ich trag ein Kind, und nit von Dir,
ich geh in Sünde neben Dir.
Ich hab mich schwer an mir vergangen.
Ich glaubte nicht mehr an ein Glück
und hatte doch ein schwer Verlangen
nach Lebensinhalt, nach Mutterglück
   "Je porte un enfant et pas de toi,
Je vais à côté de toi dans le péché;
Je me suis gravement compromise,
Je ne croyais plus au bonheur
Et j' avais pourtant un lourd désir
D'une raison de vie, de bonheur maternel
und Pflicht; da hab ich mich erfrecht,
da ließ ich schaudernd mein Geschlecht
von einem fremden Mann umfangen,
und hab mich noch dafür gesegnet.
Nun hat das Leben sich gerächt:
nun bin ich Dir, o Dir, begegnet.“
   Et de devoir, puis je me suis affranchie.
J'ai alors toute frémissante
Laisser posséder mon sexe par un étranger,
Et pour cela je me suis encore bénite.
Maintenant la vie s'est vengée,
Maintenant je t'ai rencontré, toi, o toi."
Sie geht mit ungelenkem Schritt.
Sie schaut empor; der Mond läuft mit.
Ihr dunkler Blick ertrinkt in Licht.
Die Stimme eines Mannes spricht:
   Elle va d'un pas incertain.
Elle relève le regard, la lune la suit.
Son regard sombre se noie dans la lumière.
La voix d'un homme parle.
„Das Kind, das Du empfangen hast,
sei Deiner Seele keine Last,
o sieh, wie klar das Weltall schimmert!
Es ist ein Glanz um alles her;
Du treibst mit mir auf kaltem Meer,
doch eine eigne Wärme flimmert
von Dir in mich, von mir in Dich.
   "Que cet enfant qui est conçu
Ne soit pas une charge pour ton âme.
O regarde comme l'univers brille clairement !
Il y a un lustre de toute part.
Tu chasses avec moi sur la mer glaciale,
Mais une propre chaleur rayonne
De toi en moi, de moi en toi.
Die wird das fremde Kind verklären,
Du wirst es mir, von mir gebären;
Du hast den Glanz in mich gebracht,
Du hast mich selbst zum Kind gemacht.“
Er faßt sie um die starken Hüften.
Ihr Atem küßt sich in den Lüften.
Zwei Menschen gehn durch hohe, helle Nacht.
   Elle va transfigurer l'enfant étranger.
Tu vas l'enfanter pour moi, de moi,
Tu as apporté un éclat de lumière en moi,
Tu m'as moi-même refait enfant."
Il embrasse sa forte taille,
Leur soufle se mèle dans les airs.
Deux personnes vont dans la nuit haute et claire.