CAMEMBERT

épopée en 10 chants

  Camembert

 

 

 

Pour qu’il n’y ait rien 

Encore faut il qu’il y ait eu quelque chose 

Le vide se remplit du plein et le ciel des étoiles

La haine se crochète à l’amour comme l’enfant au sein de sa mère

On peut se retourner brusquement sur soi 

On sent quelque présence 

 

Son alphabet commencé à la lettre X

N’eut que trois temps, trois petits tours pour arriver à Z

Z comme le zéro de la fin, du rien sauf du néant 

Son infini lèche la pierre blanche, immaculée pour toujours

Mauvais plâtre d’où aucune divinité ne jaillira sous le ciseau de l’artiste 

Plâtre muet sans regrets éternels juste comme un doigt sur la bouche

 

Ne pas ébruiter la présence du passager clandestin      

Rampant silencieusement sous les ors de sa vie 

Survolant les champs de batailles de la vie en héros ignoré

Chutant dans les gouffres insondables du bord du monde

Il s’est avancé invincible au devant de la mort 

 

Il aura fallut l’enfant avec sa voix de vent dans les roselières 

Avec sa main sur le froid de la vie inconnue, levant des yeux d’histoire vers sa mère

Pour qu’il croit de nouveau en l’homme caché dans le camembert

Retrouver de quels appétits il était né 

Pour qu’il sache traverser les lambeaux de son histoire et se parer de leur lumière. 

 

    Fillette 

Ses grandes mains blanches s’avancent et agrippent le corps

Tel le nouveau né en son sein maintenant il ballote

Elle soutient la tête, elle n’a plus peur

Elle sourit même 

On lui a dit, va fillette

Va laver le mort 

Elle a répondu pourquoi ?

Pourquoi laver le mort ?

Cela ne sert à rien

On lui a dit, va fillette

Va habiller le mort

Elle a répondu pourquoi ?

Pourquoi habiller le mort ?

Les morts n’attrapent pas froid 

Mais ses mains ont fait couler l’eau

Mais ses doigts ont caressé la chevelure

Ses bras ont enserré les côtes froides

Ses bras ont soulagé le dos et la peine

Elle a fait comme si 

Elle s’est excusée pour un geste un peu brusque

Elle lui a parlé, elle a chanté même 

Elle a lavé, paré le corps inconnu

Elle a lavé pour faire quelque chose

On ne peut pas ne rien faire

On ne peut laisser faire

Elle a remis de l’ordre dans son monde 

Ajustant une ceinture, un bouton récalcitrant

Elle est restée à le regarder longtemps

L’a trouvé beau, bien propre

Elle a été fière d’elle

Une dernière fois c’est penché vers lui

Avec infiniment de douceur a dégagé une mèche rebelle sur son front 

Rajusté le noeud de cravate, frotté les souliers vernis

Au fur et à mesure son corps s’allégeait

Au fur et à mesure son âme s’élevait fraternisant avec lui

L’homme.