SOLFERINO

cycle pour baryton

Il attend ça depuis toujours, son corps ne tient plus le mensonge, il doit advenir à lui même .

Affronter sa famille, ses enfants, eux qui attendent toujours qu'il tienne sa place.

Révéler ou mourir

   1

 

 

 

 

La couronne argent 

 

 

J’ai posée sur ma tête innocente la couronne d’argent

Je jubile. Comme un soleil brillant de mille feux

Ses flèches puissantes ont accroché des ailes à mon dos

Je flotte, bienheureux et personne pour me voir

Je flotte, bienheureuse et personne ne le saura.

 

 

Touché en plein coeur dans le flux ininterrompu de mes douleurs

Je la sens lourde, perchée au sommet de ma tête

Elle m’a fait duchesse mais sûrement pas putain.

Je quitte enfin mes oripeaux avant que mon corps de nouveau 

Me trompe

Se trompe

 

 

Puis, tel un corps-mort arrimant le spectre de ma vie

Je l’oublierai dans un coin de mon coeur 

Attendant le jour nouveau où je porterai ma couronne aux reflets argents

Comme un nouveau talisman .

 

   2

 

 

 

Solférino 

 

 

Au détour d’un sentier poudreux,

Les bruyères d’automne éclairent les fougères déjà ourlées de cette couleur de terre de fin d’été. 

De ces terres sableuses à l’horizon infini, je suis né.

Combien fois seront elles retournées avant que nous puissions nous serrer de nouveau dans les bras ?

Les étourneaux, les passereaux mille fois auront fait leurs voyages et aurons traversé les deltas de leurs vols étourdissants

Alors que nous restons emmurés dans nos silences ,nos corps ennemis s’opposent

Chacun de notre côté, à des lieux et pourtant si proche.

 

 

Je pense à toi pour être avec toi, je ne m’enfuis pas puisque je pense à toi.

De quel pied faut il partir pour traverser les années ?

De quel pays hostile avons nous été les prisonniers ?

Mon odeur et mon rire se fracassent sur le mur de ta honte et de ta peur 

Si j’arrive à Solférino sur la pointe des pieds, tu ne prendras pas garde 

Je te regarderai caresser le chien aux yeux humides d’amour pour toi 

 

 

Tu me regarderas et peut être ne me reconnaitras tu pas au début ?

Tu oublieras ta peur, ton dégout tout ça pour m’ouvrir tes bras 

Alors je pourrai m’élancer vers toi 

Ou me fracasserai de nouveau contre le mépris et la honte de ne plus être ton fils.

 


     3

 

 

 

L’érouv *

 

 

En tendant ce fil autour de moi

Encerclant mes certitudes et mes désirs au plus proche de moi

Mon corps se tend, se déroule, se plie au creux de ce fil invisible qui fait de moi

Elle, la fille, 

Celle qui doit maintenant être.

Comme l’araignée entoure sa proie de son fil indestructible, 

J’enserre mes certitudes de moi

Mon écart dans le monde se réduit dans cette ligne imaginaire qui me fortifie

Mon érouv, 

Querancia * impénétrable à la raison des autres

A leur mépris et au rejet.

 

Mon corps n’absorbe plus le temps qu’il fait, étrangère à moi même j’avance

Les sifflements se font plus hauts, plus pénétrants 

Mon corps voudrait être sans couture, sans aspérité, fidèle à lui-même.

Oui, je dis elle puisque c’est d’elle dont nous parlons.

De sa craie blanche sur le sol elle trace son palais 

Elle entre

Imagine sa vie en elle, marchant dans la rue, portant son elle fièrement.

Au centre de son palais de craie et de fil son corps se résorbe dans le plaisir d’être.

 

Le monstre n’est plus 

 

  5

 

 

Quand vient le soir

 

 

 

Quand vient le soir

Quand vient la nuit, 

Les vents apaisés ont arrêté leur course aux cimes des grands arbres

Les ombres grises et douces ont recouverts d’un voile l’espace

Seule la chouette déchire le noir du soir de son cri 

Il est temps

Il est enfin temps de s’approcher dans cette trêve 

L’écart est propice aux voyages, aux rencontres, délestés du poids des apparences

Nous avançons sur une ligne

Chancelante je m’avance vers toi.

 

Le bleu de tes iris est presque délavé par tes heures sans repos 

Dans ce lit trop étroit à la blancheur indécente.

Epinglée comme le sphinx des tilleuls par ton regard acier.

Immobile comme la proie qui ayant louvoyé pendant des heures attend enfin sa chute.

Vas tu me dévorer comme le lion sur l’autel de ta survie.

Vas tu pleurer doucement dans mes bras puisqu’il n’y a plus d’enjeu à part ta souffrance.

Je te bercerai alors comme la mère à l’enfant ne voyant alors que l’ouverture vers toi .

Deux âmes se rencontreront à cet endroit, non pas trop tard il n’est jamais trop tard 

Nous pourrons échafauder des plans et des bons tours pour après 

Nous ne serons pas dupes mais pourtant nous y croirons encore.

Quelle belle place dans ta vie maintenant

Alors tu pourras me dire 

 

Ma fille comme tu es belle

 Et tu partiras.