work in progress

bourse écriture dramatique-2021-2022

Penser comme une montagne

yourte

tipi

alcove 

murmure

vent dans les 

eau qui gronde

 

poésie- voix- nathalie geoffray de calbiac 

mise en son-Lionel Soulard

La fillette se tient fermement sur ses jambes, le regard dominant le paysage.
De son corps d’enfant elle expérimente sa présence dans la nature, le paysage.
Fille de berger de la vallée d’Aspe dans les Pyrénées elle monte en estive tous les étés avec
sa famille et le troupeau de brebis.
Ils y confectionneront des fromages jusqu’à la rentrée scolaire.
Son corps de fillette jouissant de la nature se met au pas de la tradition qui fait du corps de la femme un endroit d’où penser la nature, un « objet » de nature.
Dame nature, terre vierge, pénétrer les secrets de la nature, les vallons humides et les croupes offertes...
Autant d’assignations indissociables de la femme et de la nature comme autant de dominations. Mais est-ce que semer, cueillir, élever, prendre soin, récolter, glaner c’est se soumettre à des activités dites féminines et non émancipatrices ou prendre position pour un changement de société en éprouvant avec leurs corps un rapport différent à la nature ? 

Dans les années 70 les femmes en allant chercher leur émancipation se sont éloignées de la nature et se sont appropriées en partie le projet du profit et du capitalisme du monde brutal des hommes.
Elles ont questionné leur corps et sa reproduction, se sont battues pour une vision plus juste de leur place dominé par le patriarcat.
Aujourd’hui des femmes questionnent par leurs corps une revendication à l’intimité, leur dignité lors du rapport homme femme . Le corps n’est plus envisagé comme fonction mais comme matière corps indivisible .
En voulant échapper à la domination masculine et patriarcale se seraient elles coupées de la nature ?
Dans ce modèle imposé par les hommes avaient-elles une chance de se libérer et de créer un autre modèle?
Aujourd’hui des femmes veulent accomplir des tâches en relation avec la nature en se ré- appropriant des expériences comme acte de résistance * Claire Petitmengin (philosophe) où le monde vu par le corps de ces femmes n’est plus un rapport de force homme-femme, nature- culture mais organise de nouvelles façons de vivre.
C’est en faisant ce pas de côté pour retrouver leur lucidité, leur dignité qu’elles affrontent les problématiques écologiques, qu’elles assument leur désir de changer de modèle de société pour inventer de nouvelles relations apaisées non plus dans le conflit mais dans le partage, la solidarité, l’ouverture à des modes de pensées moins dominateurs, pour faire ensemble, le quoi s’efface devant le comment. 

C’est en rencontrant ces femmes, cueilleuse de plantes sauvages, gardienne de réserve de faune sauvage, gardienne de phare, bergère, maraichère, productrice de semences, artiste chaman, créatrice d’école alternative, ostréicultrice, militante écologique, ornithologue, habitante d’éco- village que mon projet éprouvera le comment prenant la place du quoi. Le geste qui vient prendre la place éprouvée par le corps et résiste. 

 


 

CHANT I

 

 

J’ai vu la louve aux yeux d’or

Petite princesse de tous les êtres sacrés 

 

Si les arbres chétifs attaqués par le cerf la chérissent 

si les sommets et les plaines humides aux chants de grenouilles

 les hostiles genévriers 

Lui font l’offrande de leurs bras

 

Petite louve aux yeux d’or

 

Prend le temps encore 

Je t’en conjure

Pense comme la montagne avant de t’élancer 

 

 

 

 souffle

 souffle 

                         respire 

respire

 

Lève les yeux vers les branches hautes

 

 

  

 

J’entends dans ton râle chaud le cri de mon âme 

Ton haleine aux parfums de baies empli mon coeur 

 

Et puis 

 

Tu as tant couru 

du sommet 

Jusqu’à la rivière 

Taillant ton chemin dans les herbes hautes du marais 

Tourbières  genêts 

ajoncs éclatants ronces et cornouillers 

Oui jusqu’à la rivière 

Sur les sables limoneux de la rivière 

 

 viendra le temps du repos 

Le corps alangui tu reposes 

Aux abords instables du cours d’eau 

Tu as soif 

Si soif 

 

Alors 

 

Tu te lèves et penches la gueule dans le courant 

L’eau submerge ta tête 

un sourire intérieur habite ton corps

 

Tu sais que c’est un moment d’éternité 

 

 

Silence 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cri 

 

 

 

 

Le cri alors

 

Sinistre et inconnu déchire ton espace

éclate juste au milieu de ta tête 

 

Tu quittes le berceau de la rivière en bondissant

L’eau claire qui il y a quelques instants

Caressait tes flancs 

S’échappe en gouttelettes affolées sur ta robe endeuillée 

 

Le corps saisi 

Saisi par l’effroi d’un cri inconnu 

Tu bondis hors

Tu bondis hors

Rapide comme comme une gifle

Ton corps se tend 

Il est brindille dans le vent

Il est fil 

Fils de tempête 

 

Là où tout n’étais que …

L’instant d’avant, il y avait …

Oui, il y avait quelque chose 

La montagne

Le ciel

Les nuages

Les corbeaux

  traits de charbon sur la terre de sienne

 

Tu bondis encore 

Tu te vois bondir mais 

Tu te vois bondir mais

Tu es à terre tu es touchée 

 

Ton corps désarticulé s’enivre maintenant d’herbe fraiche 

la tête soulagée par le trèfle et la menthe d’eau 

Rêve

Rêve de l’instant d’avant 

Celui du clapotis de l’eau sur les berges larges et accueillantes

Celui du grondement de la cascade et

Celui du roulement des cailloux dans le lit de la rivière

Des sons inconnus parviennent de toutes parts 

 

Tout devient alors lumineux 

Tu n’as plus de corps 

Pourtant 

Tu danses 

Tu chantes 

 

 

 

Mais 

 

 

Tu meurs aussi 

 

 

 

Mais après tout quest-ce que mourir ?

 

As quoi meurs t’on ?

 

 

Toi tu meurs par l’éclat brûlant de l’avidité et du renoncement

Tu meurs de maison, d’argent, de route et autoroute des sens

Tu meurs de contrats et de compromis 

 

Ce jeu brûlant qui te met à terre 

C’est celui que tu as cherché

 pour être aimé 

C’est celui qui t’as fait dire oui alors que ton coeur disait non

 

NON 

NON 

NON 

 

Te voilà poupée désarticulée et inutile à elle-même 

Tu crois quoi 

 Qu’il suffit d’arroser tes racines ?

 

Mais non, elles sont mortes

Tu entends 

MORTES

 

Ou resteront stériles ce qui est encore pire 

 

Idiote 

 

Tu te pencheras au ruisseau pour y continuer à boire l’énergie sacrée 

Mais jamais ta soif ne sera plus étanchée 

Ce sera ton reflet insolent et cupide qui seront ton linceul glacé

Tu as renoncé à ta fourrure pour combien de temps ?

 

 

les effluves d’opiacés de la facilité et de la tiédeur  

Te déroberont la vie, toi grande louve aux yeux d’or

 

 

 morte la louve ?

 

Attends !

 

Depuis combien de temps n’as-tu plus revêtu la fourrure ?

 

n’avais tu jamais froid ?

N’avais tu jamais peur ?

 

Seule et vulnérable tu avançais sur tes talons aiguilles 

Instable et ridicule tu prenais de la hauteur 

 

A la merci des flatteries et mensonges qui voulaient ta peau

Ta peau, si douce sans la fourrure mais si fragile où tout fait trace 

 

 

Indélébile

 

Perfore

 

Lacère

 

 Scarifie 

 

Ta peau nue dans les grands miroirs aux néons usurpateurs 

Et puis

 

 

 il y a 

Toutes ces autres peaux qui demandent la tienne 

Rien à faire 

Tu laisses les autres se frayer un passage 

Pour te voler ta peau 

Tous ces bras qui se tendent vers toi

 

tous ces bras qui clament leur besoin de toi 

 

Voulez vous cesser  

 

Se taire 

Se taire 

 

Taisez vous

 

 

Silence 

 

 

Le bras aux odeurs voluptueuses te bernent toujours 

Ces milles bras te retiennent prisonnière

Ils ont vidé 

Déchiqueté 

Il ne reste plus qu’une enveloppe vide 

Regarde

 

Bout de papier 

s’envole à peine la brise 

 

Sur l’autel de tes résignations 

Tous les  jours tu allumes une bougie

 

Allons prie 

 

Notre dame du carnage ravage rage nage

Notre dame du carnage ravage rage nage

 

 

 

 

 

 

eh! Et réveille toi !

Réveille toi !