LE VOYAGE DE DIANE

Diane voulait changer de corps, ce travail raconte son voyage ...

« Savoir enfin commencer, tel est l’acte courageux, convoquer « son heure ». Naître, alors que nous étreint un sentiment d’érosion du sujet ». Cynthia Fleury in « La fin du courage ».


A quel moment prend-on la décision de se mettre au monde ?
« On avance morte dans un corps d’homme ».
On sait le bonheur d’être une femme parce qu’un jour, jeune garçon on s’est travesti, qu’une grand mère n’ayant plus de slip propre propose alors la culotte à fleurs de la cousine. C’est une émotion inouïe qui est ressentie avec à la clé la culpabilité et la honte envers ses parents. Pour échapper à la honte on scinde sa psyché, ce n’est pas moi qui aime être en femme c’est un autre, ça reste du fantasme. Le fantasme habite ce corps d’homme et le transforme en corps de femme avec la volupté et l’érotisme associés, on libère par une sexualité solitaire ce carcan d’émotions et de refoulements. La vie continue, souterraine, on se travestit, on s’essaie à n’être que du fantasme. Mais cela revient toquer à la porte, il faut accepter sinon c’est la folie ou le suicide.
« Je suis une femme ».
Le long voyage de la transition commence, entrer dans le protocole, prendre les hormones, voir son corps muer, des seins naitre, des poils disparaitre, sa voix prendre de la hauteur, tout ce
«
process » pour arriver à l’« opé » comme elles disent .
Pour Diane, l’«
opé » est la dernière touche avant le voyage vers d’autres rives, celles de la
« féminité alignée ». Pour elle l’enjeu n’est pas intégrationniste. Diane a commencé sa transition il y a cinq ans. La société l’a déjà intégrée, son identité est modifiée sur ses papiers, elle a un travail stable.
Son point de vue n’est pas partagé par toutes, il y en a pour qui la prise d’hormones est le terme de leur transition.
Ma route a croisé celle de Diane au moment où elle venait de voir sa date d’opération de réassignation sexuelle repoussée, cela la rendait complètement folle de rage.
J’ai décidé de l’accompagner sur ce moment de sa vie. Nous voulions témoigner par l’image de ses derniers préparatifs avant le grand voyage dans la vie au grand jour, une vie « alignée » et fière.
Je suis allée à sa rencontre au CHU de Bordeaux au lendemain de son opération puis chez elle du côté de Pau où elle vit et travaille comme guide au château.